Concours de Nouvelles Edilivre 2015

Bonjour à toutes et à tous,

Comme certains le savent, j’ai participé au concours 48 heures pour écrire – 3e Edition proposé par Edilivre.

Le thème était l’Espoir, et je n’ai pas écrit dans le registre jeunesse, mais je tenais pourtant à partager avec vous ma création.

Au final, je suis arrivée 24e/2000! Pour un 1er concours, je trouve cela très encourageant !

Bonne Lecture,

D’Elfe

444

Il est 04:44, je ne dors plus, mes pensées se bousculent et bientôt la tristesse m’envahit. Toi, tu sembles paisible, tu flottes dans la chaleur de l’innocence. Les larmes coulent sur mes joues, et, il n’y a rien que je puisse faire pour arrêter ce flot mélancolique. Je ne m’étais jamais réellement posé ces questions auparavant. Pourquoi moi ? Pourquoi nous ? Qu’ai-je fait pour mériter cela ? Moi qui ne me suis toujours occupé que de moi-même, de ma petite personne… Ma respiration est de plus en plus difficile, et ponctuée au rythme de mes sanglots. Je me sens si seule, et pourtant… Il fait nuit, toutes les lumières sont éteintes, y compris celle qui m’anime d’habitude. Seule la lueur verte de mon radio-réveil est perceptible, affichant les mêmes chiffres inlassablement : 04:44. Le temps semble figé, et ma peine se fait de plus en plus lourde, à faire rompre mon âme, à faire imploser mon cœur. C’est tout mon être qui se déchire cette nuit et j’aimerais tant t’épargner ce chagrin. Il n’y a plus de demi-teinte en moi, pas de gris, mais pas de blanc non plus, même cassé… Juste du noir. Mais que s’est-il passé ? Où mon bonheur a-t-il décidé de se cacher, moi qui n’étais pourtant pas à plaindre. Je me sens trahie par la vie, et je réalise ô combien la routine m’a transformée. Je suis un robot, une machine, qui ose à peine rêver sa vie et à qui il semble impossible de vivre ses rêves. Tu sais toi, ce qui est advenu de l’enfant que j’étais ? De cette petite fille qui riait, et sautait dans les flaques ? Celle qui se sentait libre ? Libre d’être, libre d’aimer, libre d’espérer ? Je n’ai pas assez profité, je n’ai pas compris que chaque instant était si précieux. A mesure que les mots dansent dans mon crâne écervelé, mes grands yeux verts se noient un peu plus et se peignent de rouge. Tout me semble vide de sens, et, toi tu es là, et tu ne te doutes de rien. J’aimerais retrouver le sommeil, et je fixe à nouveau le temps : 04:44. Ce maudit appareil doit être détraqué ! Je suis à bout de force, à bout de nerfs, je deviens folle. Comment vais-je trouver la force de continuer ? De simplement croire ? Dans cette obscurité écrasante, j’aperçois, pourtant, comme venue de nulle part, une flamme bleutée, stagnant au fond de la pièce. Celle-ci semble se rapprocher doucement et s’intensifie de plus en plus. La lumière, bien que vive, ne me fait pas sourciller. Mon cœur semble se remplir de chaleur et les larmes cessent enfin, leur interminable ronde. Dans ce halo lumineux, je distingue un visage souriant et vaporeux. Bientôt, je peux sentir un poids sur mon lit, une personne est bien là, assise près de moi. Elle me caresse le visage, et c’est de joie que j’aimerais pleurer tant la douceur de cet être m’apaise profondément. Cela paraît si réel et pourtant, je dois sûrement rêver. Je crois pouvoir distinguer de grandes ailes blanches, ornées de plumes soyeuses, qui m’enveloppent, comme pour me rassurer. Des sons bienveillants sortent alors de la bouche de mon visiteur, et m’effleure telle une symphonie :
— Je suis là, tu n’es pas seule chère enfant.
— Pourquoi me l’avez-vous pris ?
— C’était son heure, il l’avait décidé ainsi.
— Je ne peux pas entendre cela, comment aurait-il pu choisir ce moment pour partir ?!
A cet instant l’émotion me submerge à nouveau, jusqu’à ce que sa main se pose sur mon cœur comme une délivrance :
— Je ne te demande pas de comprendre Lisa, nous savons que cela est au-dessus de tes forces pour l’instant, mais tu pourras transcender cette épreuve, et tu as tant de belles choses à vivre. Sache qu’il va bien, qu’il n’a pas souffert et qu’il veille sur vous. Son âme est si belle, comme tu l’es aussi. Nous te demandons une seule chose, toi qui connais la valeur de la vie, ne pense pas à le rejoindre, efface ces idées noires et accueille la lumière dans ton cœur et dans ta vie.
— Je ne sais pas si je suis capable, je n’ai plus le moindre espoir ! Comment vais-je pouvoir sourire à nouveau ? Comment vais-je pouvoir aimer à nouveau sans avoir la peur au ventre qu’un jour la vie m’arrache ce bonheur?!
— Tu sauras Lisa, mais il te faut un peu de temps, et du repos. Pour l’instant, tu vis à travers tes émotions, tu dois faire ton deuil, mon enfant. Sache que la mort n’est qu’une transition, un changement d’état, rien ne prend fin, et surtout pas l’amour. L’amour est un océan, sans bornes, sans limites, dans lequel tu peux puiser éternellement, sans risquer un jour de l’assécher. Aime-toi belle âme, désormais tu n’es plus seule. L’être nébuleux me susurre alors un doux « chut ! » en mettant son doigt sur mes lèvres et dit : « Il est l’heure d’accueillir la vie ! », tout en disparaissant.
Je reste là, sans vraiment comprendre. Une douleur vive me détache de cet état de plénitude et fend le silence dans un cri. J’ouvre les yeux, avec effroi, et je réalise que tout ceci n’était qu’un songe. Le retour au réel est rude, et je me tords dans ce grand lit vide. J’allume la lumière, et regarde l’heure, le réveil affiche : 04:44. Le travail a dû se faire à mon insu, mes draps n’ont pas été mouillés que par mes larmes. Je ne suis pas en état de conduire seule, alors j’appelle les secours. J’ai juste le temps de me changer, mais les maux intenses ne me rendent pas la tâche facile. On sonne à la porte, et me voici partie en fanfare. J’ai l’impression d’assister à un magnifique son et lumière spasmodique. Les visages souriant autour de moi, me rassurent. Ce sont les pompiers qui me parlent avec bonté. Ils me rappellent cet être angélique dont j’ai rêvé plus tôt. Je me sens en sécurité. Enfin à l’hôpital, je reconnais des têtes familières. Le Docteur Raphaël est là, et il ne me faut que trois « poussez madame ! » pour enfin te tenir dans mes bras, ma petite Angel. Les larmes coulent de joie, car tu es si belle et si douce, et que tout semble allez pour le mieux. Pourtant, je sais que certaines d’entre elles portent le masque du chagrin, de l’absence que ton papa a laissée. Il aurait été si fier… Je l’imagine te serrant contre lui, avec la fermeté et la délicatesse qui caractérise certains hommes forts et aimants. Non, mon petit ange, tu ne connaîtras pas la joie des grimaces, des couches mises de travers, le nez bouché par une épingle à linge. Tu ne connaîtras pas les jeux un peu fous d’un papa te jetant en l’air pour te faire rire, à me couper le souffle, parfois. Tu ne connaîtras jamais cette épaule solide, sur laquelle l’on peut se reposer lorsque l’on a le cœur brisé… Non, mon ange tu ne connaîtras pas ton papa. Le jour se lève sur ta vie, et sur la mienne aussi. Il est 06:30. Le temps suspendu jusqu’ici reprend ses droits. Tu as l’air si paisible, et tu souris déjà. Je repense à mon enfance. J’étais heureuse, tu sais ! J’ai vécu des instants magiques, avec les plus formidables des parents. Nous avions toujours plein d’animaux à la maison, ton papy est vétérinaire. Nous avons longtemps vécu à la campagne, jusqu’à ce que je parte faire mes études « à la ville » comme ils disent. Que c’est bon de se replonger dans ces merveilleux souvenirs. Tu sais, Angel, je crois que je n’ai jamais vraiment réalisé la chance que j’avais. Et puis après, j’ai connu ton papa. Quel homme ! Cela fait « cliché », mais j’ai tout de suite su que nous étions fait l’un pour l’autre. Je pourrais t’en parler pendant des heures, mais pour le moment, cela me rend triste. J’étais enceinte de sept mois quand il est parti pour toujours. Ce jour-là, il voulait nous préparer un petit déjeuner de « championnes ». Il était si intentionné, alors il a décidé d’aller faire quelques courses à l’épicerie du quartier. Il est mal tombé Angel, le pauvre épicier se faisait « braquer », comme disent les grands. Ton papa est entré au mauvais moment, et une méchante personne lui a tiré dessus, par peur, sans raison, ou de sang-froid… Nous ne le saurons jamais vraiment. Mais, il l’a tué pour la somme de 113€. Le temps s’est arrêté pour moi, ce jour-là. Cela fait deux longs mois que j’ai cette peine en moi, que je tenais tant à te cacher. Cela fait deux longs mois que mes yeux sont une source intarissable de larmes. Et je te vois, là, dans ton cocon de verre, fraîche et souriante. J’avais tellement peur de ne plus savoir quoi te transmettre à part mon propre chagrin, un monde de fous, et tellement d’incertitudes ! J’ai mille questions en tête, et je ne sais pas si je serais à la hauteur. J’avais tellement peur de t’offrir un monde dépourvu d’espoir et de joie. Après tout que pouvais-je bien espérer de la vie après cela ? Mais tu es là, et je peux sentir une grande force en toi, celle du droit à la vie. La vie continue Angel, tu en es la preuve. Et alors que je pensais à ce que moi je pouvais t’offrir, j’avais complètement perdu de vue, tout ce que toi, tu pouvais m’apporter. Quand je te regarde, je comprends que l’espoir, c’est toi. Mon espoir, je le mets en toi, dans ta capacité à être heureuse, à répandre la joie autour de toi. Je crois que chaque être humain doit ressentir cela dans ces heures les plus sombres. Notre espoir, vous le portez en vous chers enfants. Et puis, tu as ses yeux… Alors que le débit de mes paroles se fait moins dense, je te vois grimacer, c’est le moment du change. Je pratique ces premiers gestes de maman avec le plus grand sérieux, et alors que j’observe tes menottes, si petites et pourtant si bien faites, je découvre que tu serres quelque chose d’étrange dans l’une d’elle: une petite plume blanche. Je sursaute. La sonnerie de mon téléphone est réglée un peu fort, me sortant littéralement de cet état cotonneux. Au même instant, la sage femme entre dans la chambre, afin de s’assurer que tout va bien pour toi et moi. Enjouée, je te dis en souriant : « C’est mamie, au téléphone, ma chérie ». Elle est toute émue, et me demande dans quelle chambre nous nous trouvons. A vrai dire, je n’en ai pas la moindre idée. Je pose donc naturellement la question à la sage femme, en visite :
— Vous êtes dans la 444.
Non ma chérie, assurément, nous ne sommes pas seules…

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